TOGO / Présidentielle 2020: Évitons le piège… Réclamons une autre date des Élections et des meilleures conditions

TOGO / Présidentielle 2020: Évitons le piège… Réclamons une autre date des Élections et des meilleures conditions

Par Dr Christian  Yaovi SPIEKER (Candidat à la présidentielle 2020)

 

En annonçant la date de la tenue des élections présidentielles (22 février 2020) et encore par communiqué du 13 décembre 2019 informant la population de la date des dépôts de candidatures alors qu´aucune des trois conditions exigées par l´opposition pour le minimum de transparence (la refonte du fichier électoral, la recomposition de la CENI et celle des membres de la Cour constitutionnelle) n´a été prise en compte, ce régime fonce droit au but et teste le degré de résistance de l’opposition. Mais en prenant appui contre le mur jusqu´auquel il la pousse, elle ne doit pas céder et aller aux élections les yeux fermés sans que les conditions minimales de transparence ne soient remplies. Au contraire elle va résister, dos au mur et exiger ensemble les conditions de transparence avant de participer à ces élections. Mais pour y arriver et amener le régime à la raison dans l´intérêt du pays, il faut former un bloc de l’opposition et parler d´une seule voix. Le temps presse et le peuple togolais est fatigué des leaders qui ne s´entendent pas pour travailler ensemble mais animés seulement des sentiments d´égoïsme et d’intérêts individuels. Cette lutte a trop duré. Il faut des pressions maximales sur ce régime avant les élections pour le faire fléchir. On n´a plus droit à l´erreur si on veut gagner en 2020.

 

Dans n´importe quel domaine de lutte, que ce soit politique, syndicale ou même militaire contre l´agression extérieure, les chefs de lutte ne mènent jamais leur groupe ou le peuple à la victoire sans stratégie adaptée face à l´adversaire redoutable ou l´ennemi. La stratégie est toujours au centre de toute lutte pour la victoire finale.  C´est cette stratégie qui manque cruellement à l´opposition togolaise.

 

Partant de cela, on peut dire que ce n’est pas par manque des moyens financiers ou humains que l´opposition a échoué face à ce régime en 2017 mais par manque de stratégie adaptée à un adversaire redoutable, prêt à tout pour conserver le pouvoir, même prêt à vendre le pays aux puissances étrangères pour avoir leur estime et faveur. Certains au sein de l´opposition ont reconnu avec humilité cette responsabilité partagée de l´échec comme par exemple Me Dodji Apévon que j´apprécie beaucoup dans cette lutte et Madame Adjamagbo-Johnson. Je les félicite pour ce courage qu´ils ont eu pour reconnaître cette responsabilité collective ou partagée de cet échec de 2017 alors qu´ils avaient la victoire à portée de main. Ils connaissent le sens de la responsabilité et cela ne m´étonne pas puisqu´ils sont tous les deux des juristes de haut niveau. Par contre, certains aiment ne pas endosser cette responsabilité au sein de cette opposition. Or, un chef qui ne reconnaît jamais ses erreurs en cas d´échec n´a pas la qualité d´un bon chef. C´est le cas de Jean-Pierre Fabre. Je ne l´ai jamais entendu dire qu´ils ont eu une part de responsabilité dans l´échec  de lutte en 2017. Je parie que si Fabre n´avait pas pris le devant pour cette lutte de 2017 la population aurait réussi à coup sûr le changement tant attendu. Tikpi Atchadam a réussi la mobilisation des Togolais que Fabre n´arrivait plus. Mais malheureusement ça n´a rien donné, faute de bonne stratégie de sa part en tant que chef de file. 

 

Je vous raconte un fait où il a manqué de stratégie : pour la manifestation gigantesque des 6 et 7 septembre 2017, j’étais aussi à Lomé pour les vacances. Comme ma venue a coïncidé avec les manifestations d´août 2017, j´ ai pris part à celle du jeudi 7 sept 2017. Je dirais que c´est la première fois que je participais à une manifestation politique au Togo car depuis 1988 j´ai passé tout mon temps a l´étranger (Niger, France et Allemagne). À ce jour décisif, j´étais aussi parmi les leaders. La foule était immense, une marée humaine surchauffée. Arrivés au rond-point Dékon ce jour-là, la foule voulait continuer jusqu´à la présidence. Du rond-point Dékon jusqu´à la Colombe de la paix au niveau du Lycée de Tokoin, c’est une marée humaine avec un seul mot dans la bouche : démission, démission, démission. Les leaders de l’opposition de C14 ne savaient plus quelle décision prendre à Dékon. La foule très déterminée, attendait seulement leur mot d´ordre pour continuer leur marche vers la présidence et demander la démission du chef  de l´État. Monsieur Attisso est monté sur une voiture garée au milieu de la foule en scandant avec le haut-parleur les chants de lutte pour galvaniser la foule. Devant cette tergiversation des leaders et surtout de Jean-Pierre Fabre entre les deux stratégies : laisser continuer la marche de la foule vers la Présidence comme la foule l´exigeait ou rester à Dékon comme point de chute, je me suis approché de Fabre en me présentant à lui que je suis venu des vacances de l’Allemagne. Donc je lui ai dit discrètement de ne pas prendre le haut-parleur mais de traîner les pas et laisser la foule continuer la marche vers la présidence en lui disant qu´il peut se justifier qu´il n´a pas pu contenir la foule déchaînée et éprise de liberté démocratique. Monsieur Fabre m´a répondu que s´il laisse la foule partir vers la présidence, ils vont tirer sur eux et ils viendront tirer aussi à Dékon. Moi, étant venu en vacances et ne jouant aucun rôle dans les partis politique en 2017, je me suis tu après ce conseil de stratégie de lutte que je lui ai donné. Donc après concertation entre eux les leaders de C 14 de l´opposition, Fabre en tant que chef de file de l´opposition a pris le haut-parleur que Monsieur Attisso tenait pour dire à la foule qu´ils allaient rester à Dékon jusqu´à la démission de Faure Gnassingbé. Et on invitait les femmes d´amener à la foule de quoi manger. Ainsi on distribuait du pain à ceux qui étaient là et on disait à la foule qu´ils allaient rester là jusqu´à la démission du chef de l´État. Au même moment, j´ai soufflé à l´oreille de Madame Adjamagbo-Johnson aussi que si le régime ne tombe pas aujourd´hui c’est fini, il ne tombera plus jamais, vu la foule immense et très surchauffée ce jour-là.  Elle souriait toute confiante. Vers 19 heures, persuadant que la décision qu´ils ont prise de rester à Dékon n´était pas la bonne pour leur victoire, j´ai quitté les lieux pour aller à la maison. Vers 22 ou 23h, j´aurais appris que les forces de l´ordre étaient venues avec le gaz lacrymogène les disperser. L´espoir est subitement s’évaporé. C´est ce jour-là que l’opposition avait raté une belle occasion. Si Monsieur Fabre auquel j´ai tous mes respects, avait laissé la foule continuer la marche vers la présidence, même s´elle n´avait pas atteint la présidence mais proche de là, le régime allait trembler le jour-là et Dieu seul sait si ce jour-là ne serait pas le jour de leur victoire. C´était un jour de toutes les chances pour l´opposition car la foule était immense et déterminée. Les gens sentaient la fin du régime proche même au sein du régime. Depuis ce jour-là, je me suis dit que Fabre a commis une erreur de stratégie pour mener le peuple à la victoire à un moment déterminent car il avait raté une belle occasion qu´il a eue. C´est quelqu´un que j´apprécie beaucoup mais il a manqué de stratégie. Le 7 septembre 2017 on était très proche de la victoire si les leaders n´avaient pas failli le jour-là en terme de stratégie. Si Fabre avait laissé la foule marcher sur la présidence, le régime allait tomber le jour-là.

 

Alors, au vu de tous ces échecs répétés de stratégie, n´est-il pas utile et même urgent qu´il passe la main  à un membre de son parti, surtout qu´il est de plus en plus contesté aussi au sein de la population depuis un certain dans sa manière de conduire cette lutte? S´il ne veut pas passer la main, au moins qu´il change de stratégie de lutte sinon il ne pourrait  jamais offrir au peuple ce que celui-ci attend de lui.

 

En Europe, les présidents de partis politiques ou secrétaires généraux des partis selon l’appellation dans chaque pays, démissionnent de leur propre gré s’ils échouent ou ils n´arrivent pas à faire gagner leur parti à une élection. J’ai vu cela plusieurs fois dans le parti SPD en Allemagne où les secrétaires généraux successifs démissionnent d’eux-mêmes le soir même du vote si le parti a fait un très mauvais score. Quand moi j´entends parler au Togo des candidats naturels dans les partis politiques comme Jean-Pierre Fabre de l’ANC ou Faure Gnassingbé d´UNIR, cela me faire sourire.  

 

Ayons le courage de poser cette question : n´est-il pas bon que Fabre laisse la place à un membre de son parti pour mener la lutte car c´est lui qui a le destin de l´opposition en main et prend le devant dans les manifestations. La preuve en est que quand les gens viennent en mission pour rencontrer le gouvernement et les partis de l’opposition, c´est lui qu´on rencontre. Donc à ce seul titre de leader, la population est en droit de dire ce qu´elle pense de lui à propos de ses stratégies de lutte car c´est comme un commandant de bord dans un avion ou un capitaine dans un bateau à un moment crucial. Donc à mon avis, Jean-Pierre Fabre a fait son temps. Mais aujourd´hui il ne peut pas faire gagner l´opposition face à ce régime. C´est quelqu’un que j´ai beaucoup apprécié pour sa rigueur et ténacité face à ce régime. Mais son temps est passé. Je l´ai même apprécié dans mon livre que j´ai publié en octobre à Paris. Je l´ai félicité. Mais je constate qu´il est maintenant contesté au sein de la population. Avec le temps que j´ai passé à Lomé, je me suis rendu compte qu´il n´a plus de popularité qu’il avait avant au sein de cette même population. Il doit en tirer les conséquences dans l´intérêt non seulement de son parti ANC mais aussi de l´opposition tout entière en tant que leader et chef de file de l´opposition.

 Normalement en bon stratège, Jean-Pierre Fabre devrait appeler la population ces temps-ci à descendre dans la rue pour exiger du régime une élection transparente mais il ne dit rien. Ce sont seulement les mouvements de société civile comme « Togo Debout » ou « En aucun cas » qui prennent cette initiative pour exiger que ces conditions de transparence soient observées avant les élections de 2020. Or c´est la 4è fois qu´il va aux élections et ce sera encore un échec.

 

En tant que candidat à cette élection, il faut qu´il fasse pressions énormes sur le régime pour qu´au moins, deux de ces trois conditions soient observées à savoir la refonte du fichier électoral pour sa fiabilité, ensuite la recomposition de la CENI avec les membres de l´opposition, sinon aucun candidat n´ira retirer à la CENI le formulaire de candidature. C´est la condition qu´on devrait poser au régime. Voilà ce que Fabre devrait dire au gouvernement en tant que leader mais il ne dit rien et le régime continu sa route en fixant la date des élections et invitant les candidats de venir déposer les dossiers.

Les conditions de transparence des élections ne sont pas remplies. En tant que candidat aussi, je demande à mes adversaires et  compatriotes candidats de ne pas aller retirer leur fiche de candidature à la CENI mais d´attendre jusqu´à ce que le régime revienne à la raison et nous mette dans de bonnes conditions d´élections transparentes. Si on va à ces élections dans ces conditions sans exiger la transparence avec fermeté, quel argument solide pouvons-nous tenir devant ceux qui réclament d’abord la mise en place de la transition pour les réformes avant les élections? Ils auront certainement raison si nous allons à ces élections et si nous perdons. Le peuple sera très découragé encore si on perd cette élection en 2020. C´est pourquoi il faut bien la préparer pour la gagner. 

 

Personnellement, c´est à ces trois conditions exigées que je vais prendre part à ces élections car si j´y vais c´est pour aller gagner et non pour aller perdre. Après ma déclaration de candidature en septembre 2019, j´ai été invité à l´émission matinale à la radio Nana FM dont le thème du débat était « Quelle personnalité pour gagner en 2020 face à UNIR ? » Le journaliste de la radio m´a posé la question : si les trois conditions que j´évoque ne sont pas remplies, est-ce que je vais aller aux élections? J´ai répondu non et tous ceux qui écoutaient cette émission matinale de ce jour-là ont entendu ma réponse. Je vais aller aux élections seulement si le fichier électoral est fiable, si la recomposition de la CENI est faite et si les membres de la Cour Constitutionnelle ont changé de visage. Or, au jour d´aujourd´hui aucune de ces conditions n´est remplie. Pour quelqu’un qui respecte sa parole, je ne vais pas mettre ma crédibilité en jeu. Nein c´est nein. Ja c´est Ja. Je vais tenir ma position jusqu´au bout. Je ne vais pas changer. La réponse que j´ai donnée à la radio sur les conditions, je la maintiens. Il  est urgent que Fabre remobilise la population. Tikpi Atchadam lui a laissé le terrain en tant que leader de l´opposition car il est considéré comme chef de file de l’opposition même s´il perd de popularité au Togo.

 

On n´est pas obligé d´aller aux élections dans le délai imparti. Le plus important est de mettre en place d´abord les conditions de transparence. On ne va pas nous dire que la Constitution doit être respectée et que les élections doivent être tenues dans le délai imparti. Depuis quand les dispositions de la Cour constitutionnelle sont respectées quand ça touche un point qui n´arrange pas Faure Gnassingbé ?

On respecte à la lettre seulement les textes qui l´arrangent, sinon pourquoi les membres de la Cour constitutionnelle n´appliquent jamais l´article 145 à Faure Gnassingbé et lui demander de déclarer ses biens en tant que président de la République ? Le chef de l´Etat n´a jamais respecté l´article 145 de la Constitution depuis qu´il est président en 2005. On ne sait pas combien il gagne par mois alors que dans un pays démocratique le salaire du président est connu du peuple. On ne connaît pas non plus la composition de son patrimoine ni celle de ses ministres respectifs. C´est pourquoi la recomposition de cette Cour constitutionnelle doit être observée avant les élections car  c´est une Cour partisane, ce qui n´honore pas la République. Mobilisons la population pour exiger la transparence avant ces élections.

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